N° 9 · Lundi 28 septembre 2026 · Lecture : 20 min
Le Vertical Brief
L'économie des micro-dramas et de la fiction verticale, vérifiée à la source.
Au sommaire de ce neuvième numéro : Une société cotée au Nasdaq qui acquiert, contre 284 millions d'actions nouvelles, les droits économiques attachés à 40 pour cent d'un producteur chinois de micro-dramas générés par intelligence artificielle, et dont les comptes semestriels, déposés une semaine plus tard, publient le prix sans rien dire de l'entreprise achetée. Un marché chinois qui pèse davantage en 2025 selon le régulateur que le marché mondial selon Omdia, le cabinet qu'un opérateur télécom coté cite le même jour à l'appui de son propre modèle. Le premier titre de catégorie un autorisé dans la province du Guangdong, qui associe intelligence artificielle et prises de vues réelles, c'est-à-dire le cas que le barème chinois ne permet pas de classer de l'extérieur. Un appel québécois ouvert ce lundi, dont la définition des plateformes, lue à la lettre, décrit YouTube et TikTok et non une application de micro-drama. Et le producteur de Hollyoaks, qui décrit pour sa première série verticale ce que le format demande aux comédiens.
Une ligne traverse ce numéro. Deux sociétés cotées au Nasdaq ont parlé de micro-drama la même semaine, et aucun des chiffres qu'elles ont mis en avant n'est un résultat. Le document déposé auprès du régulateur boursier dit parfois plus que le communiqué, parfois moins. C'est cet écart que ce numéro mesure.
Sept rubriques, toujours dans le même ordre, tous les lundis.
01 Le fait de la semaine
40 pour cent d'un producteur de micro-dramas IA payés en actions : le prix est publié, pas l'entreprise
Le fait. Le 15 septembre 2026, Jinxin Technology Holding Company, cotée au Nasdaq sous le code NAMI, annonce un accord de transfert d'intérêts économiques conclu avec HK Education Vision Holding, société de Hong Kong, et avec la filiale que celle-ci détient à 100 pour cent, Yuanwei Network Technology (Shanghai). Jinxin acquiert les droits économiques attachés à 40 pour cent du capital de Yuanwei, que le communiqué présente comme capable de produire en continu des micro-dramas générés par intelligence artificielle et de les diffuser par ses propres canaux. En contrepartie, Jinxin émet 284 372 086 actions ordinaires au profit du vendeur. L'opération confère, selon le communiqué, un droit au partage des résultats, un droit d'information et des droits de participation définis par contrat. Elle ne transfère ni la propriété juridique des parts ni le contrôle de Yuanwei.
Ce que le dépôt du 22 septembre ajoute. Une semaine plus tard, la société dépose auprès de la Securities and Exchange Commission ses comptes semestriels non audités au 30 juin 2026. Leur note 20, consacrée aux événements postérieurs à la clôture, décrit l'accord et donne ce que le communiqué ne donnait pas : un prix global de 14 301 664,20 CNY, réglé par l'émission des actions. La note indique que les événements postérieurs ont été examinés jusqu'au 21 septembre. Le communiqué rattache les effets comptables de l'opération à sa clôture ; aucun des deux documents ne dit que cette clôture a eu lieu.
Ce que le prix donne, par calcul. Rapporté au nombre d'actions émises, le prix ressort à environ 0,0503 CNY par action ordinaire. Depuis le 25 juin 2026, un certificat de dépôt négocié au Nasdaq représente 450 actions ordinaires, contre 18 auparavant. L'émission équivaut donc à environ 632 000 certificats, valorisés à environ 22,63 CNY chacun, soit environ 3,34 USD au taux de 6,7851 CNY pour un USD que la société retient pour le 30 juin. Rapporté aux 40 pour cent, le prix valorise l'ensemble des droits économiques de Yuanwei à environ 35,75 millions CNY, soit environ 5,27 millions USD au même taux. Les actions émises représentent 19,98 pour cent des 1 423 285 396 actions en circulation au 30 juin, et environ 16,7 pour cent du capital après émission. Ces valeurs sont mes calculs. Je n'ai pas relevé de cours de bourse daté du 15 septembre et je ne compare pas ce prix au marché. Le nombre d'actions étant fixé par l'accord, la valeur que le vendeur reçoit effectivement dépend du cours auquel ces actions se négocieront.
Ce que les comptes disent de l'acheteur. Le chiffre d'affaires du premier semestre 2026 s'établit à 142 095 milliers CNY, contre 208 502 milliers au premier semestre 2025, soit une baisse de 31,8 pour cent. La première ligne de revenu, les licences concédées à des agrégateurs et distributeurs de contenus, que la société décrit comme étant pour l'essentiel des opérateurs télécoms et audiovisuels chinois, passe de 144 716 à 79 933 milliers CNY, en baisse de 44,8 pour cent, et représente encore 56,3 pour cent du total. La perte nette est de 10 516 milliers CNY, contre 21 076 milliers un an plus tôt. La trésorerie passe de 64 269 milliers CNY au 31 décembre 2025 à 26 047 milliers au 30 juin 2026. La société se décrit dans ses comptes comme fournisseur d'abonnements à des manuels numériques et ne déclare qu'un secteur d'activité. Le prix convenu représente environ 18 pour cent de ses capitaux propres part du groupe, 77 916 milliers CNY au 30 juin, calcul qui est le mien ; réglé en actions, il ne mobilise aucune trésorerie.
Un rapprochement, sans conclusion. Le communiqué du 15 septembre met en avant un grand modèle multimodal développé en interne. Les comptes du même semestre montrent des dépenses de recherche et développement passées de 25 359 à 11 146 milliers CNY, soit une baisse de 56 pour cent. Les deux documents ne mesurent pas la même chose, et je n'en tire rien sur la capacité technique revendiquée.
Ce que ni l'un ni l'autre ne publie. Aucun chiffre d'affaires, aucun résultat, aucun nombre de titres, aucune audience de Yuanwei. Le communiqué indique que la quote-part des résultats de la cible, comptabilisée par mise en équivalence, pourrait améliorer les indicateurs publiés de Jinxin. Faute de comptes de la cible, le signe de cette quote-part n'est pas connu. Aucun document ne dit non plus si les titres de Yuanwei relèvent de la catégorie un, deux ou trois du régime chinois entré en vigueur le 1er septembre, traité en rubrique 04. Enfin, la baisse du chiffre d'affaires ne se lit pas comme un effet du micro-drama : la période se termine deux mois et demi avant l'accord.
Qui est concerné. Les producteurs et distributeurs francophones qui valorisent un catalogue vertical ou qui négocient avec un producteur chinois de séries générées. Il s'agit d'un prix publié dans un document déposé auprès d'un régulateur boursier, ce qui en fait une référence opposable, avec son périmètre exact : des droits économiques sans contrôle, sur une société dont aucun compte n'est publié, payés en titres d'un émetteur déficitaire. Ce n'est pas le prix d'un catalogue, ni celui d'une société.
Sourçage
Jinxin Technology Holding Company, Jinxin Technology Holding Company Deploys AIGC Content Assets, Exploring Industrialization and Global Distribution Loop for AI Micro-Dramas and Unlocking Potential Long-Term Valuation Upside, communiqué daté de Shanghai le 15 septembre 2026, prnewswire.com, consulté le 27 septembre 2026, pour les parties, la détention à 100 pour cent de la cible par le vendeur, les 40 pour cent, le nombre d'actions, la nature des droits transférés, la mention de la clôture, la mise en équivalence et la présentation de la cible et du modèle développé en interne. Jinxin Technology Holding Company, formulaire 6-K déposé le 22 septembre 2026, numéro d'accès 0001213900-26-101993, sec.gov, consulté le 27 septembre 2026 : page de couverture ; pièce 99.1, états financiers intermédiaires non audités, pour le compte de résultat, le bilan, le tableau des flux de trésorerie, la note 1 sur l'activité, la note 2 sur le taux de conversion de 6,7851 et sur la reconnaissance des revenus de licence, la note 13 sur le nombre d'actions, la note 16 sur la ventilation du chiffre d'affaires et la note 20 sur l'accord du 15 septembre, son prix et la date d'arrêté des événements postérieurs ; pièce 99.2, rapport de gestion. Deutsche Bank Trust Company Americas, dépositaire, et Jinxin Technology Holding Company, amendement post-effectif n° 1 au formulaire F-6, enregistrement n° 333-278897, déposé le 25 juin 2026 avec effet immédiat au dépôt en application de la règle 466, sec.gov, consulté le 27 septembre 2026, pour le ratio d'un certificat pour 450 actions ordinaires et pour l'objet du dépôt, qui est de rendre ce ratio effectif et d'amender en conséquence la convention de dépôt. Ratio antérieur de 18 actions par certificat : communiqué de la société du 23 juin 2026, consulté dans une reprise intégrale, yourwyominglink.com, le 27 septembre 2026, concordant avec le communiqué d'introduction en bourse du 9 décembre 2024. Prix par action, équivalent en certificats, valorisation implicite, conversions en USD, taux de dilution, rapport aux capitaux propres et variations en pour cent : calculs de l'auteur, qui se refont sur les valeurs citées.
02 Radar marché
Mediacorp, Studio S et Soonshot : quatre micro-dramas entre Singapour et la Corée du Sud, sans aucun montant.
C21Media rapporte le 17 septembre que le groupe singapourien Mediacorp, Studio S, filiale de production de la chaîne coréenne SBS, et Soonshot, plateforme coréenne de fiction courte cofondée par l'humoriste Lee Kyung Kyu, ont formalisé dans la semaine, pendant le marché BCWW de Séoul, une collaboration portant sur quatre micro-dramas. Le premier titre est une adaptation au format court de la comédie romantique Still 17 de SBS, annoncée pour la fin de l'année. Les quatre séries réuniront des comédiens singapouriens et coréens, dont le recrutement est en cours. Elles seront proposées sur les plateformes de Mediacorp et sur Soonshot, avec une distribution internationale envisagée.
Aucun communiqué des parties n'a été consulté ; le fait repose sur une reprise professionnelle. Ni le nombre d'épisodes, ni leur durée, ni un montant, ni le partage des droits ne sont publiés. Le schéma mérite d'être noté pour lui-même : la propriété intellectuelle vient du catalogue d'une chaîne, qui décline une série existante au format court avec un partenaire étranger. C'est une voie d'entrée qui ne suppose pas d'écrire pour le format, mais de disposer d'un titre déjà connu.
Banijay : le producteur de Hollyoaks livre sa première série verticale, pour une plateforme tierce.
Lime Pictures, société du groupe Banijay, et RoseBerry Media ont dévoilé le 16 septembre la distribution et la bande-annonce de Revenge Is a Dish, thriller romantique de 57 épisodes disponible dans le monde entier sur epis, service vertical lancé cet été par RoseBerry Media. C'est la première fiction verticale de Lime Pictures, dont un second titre pour la même plateforme, Make Me a Match, est annoncé. Selon le billet publié par Banijay, epis compte plus de cent titres et prévoit plus de vingt-cinq productions originales en 2026. Le catalogue comprend aussi Sexy Beasts, format de rencontres créé par Lion Television, autre société désormais rattachée à Banijay.
Deux sociétés du même groupe alimentent un service vertical qui n'est pas le leur. Le billet ne dit pas si Banijay détient une participation dans RoseBerry Media, ni comment les droits et les recettes sont partagés, ni la durée des épisodes. Le numéro 8 relevait chez Dhar Mann un schéma inverse, où la plateforme de première fenêtre, My Drama, compte FOX Entertainment parmi ses actionnaires. La rubrique 07 revient sur ce que le réalisateur de la série dit des conditions de tournage.
Les rendez-vous
MIPCOM Cannes, du 12 au 15 octobre 2026. La page d'inscription de l'organisateur affiche, hors taxe, un badge Visitor Classic à 1 780 EUR, un badge Buyer Classic à 1 240 EUR, et des formules Premium et Prestige à 2 580 et 3 580 EUR. Aucun tarif propre au programme consacré au format vertical n'y figure. Cette absence n'établit pas qu'aucune condition d'accès particulière n'existe pour le sommet consacré au micro-drama, que je n'ai pas vérifiée.
Content London, du 30 novembre au 3 décembre 2026, selon le calendrier publié par son organisateur, C21Media.
MIP London ne reviendra pas en 2027. RX France, qui l'organisait, le remplace par MIP Talks, conférence de deux jours tenue les 16 et 17 mars 2027 à ExCeL London pendant la London Book Fair. C'est à l'édition de février 2026 de MIP London qu'Omdia avait présenté les estimations de marché discutées en rubrique 03. Les annonces consultées ne disent pas si le format vertical conservera une place dans le nouveau programme.
Sourçage
C21Media, Singapore's Mediacorp joins K-drama specialists to develop microdrama slate, article de Nico Franks du 17 septembre 2026, c21media.net, consulté le 27 septembre 2026, pour les parties, le nombre de titres, le premier titre, le lieu de formalisation, la distribution des rôles et les plateformes ; aucune source primaire des parties consultée. Banijay, Lime Pictures And Roseberry Media Launch First Of Its Kind Vertical Co-Production With Original Vertical Drama Revenge Is a Dish, billet du 16 septembre 2026, banijay.com, consulté le 27 septembre 2026, pour le nombre d'épisodes, la disponibilité mondiale, le caractère inaugural de la production, le second titre, le volume du catalogue d'epis, les productions originales prévues et la présence de Sexy Beasts. Dhar Mann, FOX Entertainment et Holywater : éléments rappelés d'après le numéro 8. MIPCOM Cannes, RX France, page Buy your Pass for MIPCOM 2026, mipcom.com/en-gb/visit.html, consultée le 27 septembre 2026, pour les dates et les tarifs hors taxe. C21Media, calendrier des événements du groupe affiché sur c21media.net, consulté le 27 septembre 2026, pour les dates de Content London. MIP London et MIP Talks : Variety, The Hollywood Reporter, Broadcast et FormatBiz, articles du 23 septembre 2026, reprises concordantes d'une annonce de RX France dont le communiqué n'a pas été consulté ; FormatBiz pour la présentation d'Omdia à MIP London le 22 février 2026.
03 Le chiffre vérifié
Le marché chinois selon le régulateur dépasse le marché mondial selon Omdia
Le chiffre. Plus de 100 milliards CNY : c'est la taille du marché chinois du micro-drama en 2025 donnée le 17 septembre par l'Administration nationale de la radio et de la télévision, rapportée au numéro 8. 11 milliards USD : c'est le revenu mondial du format en 2025 selon Omdia, Chine comprise. Au taux moyen de 2025 publié par la Réserve fédérale des États-Unis, 7,1875 CNY pour un USD, 100 milliards CNY font environ 13,9 milliards USD. Le plancher chinois du régulateur dépasse donc le total mondial d'Omdia d'au moins 26 pour cent.
Pourquoi ce chiffre revient cette semaine. Le communiqué d'iQSTEL du 17 septembre, traité en rubrique 06, cite Omdia pour 11 milliards USD de revenu mondial en 2025 et 14 milliards à la fin de 2026. Les valeurs sont correctement attribuées. Elles proviennent d'un communiqué du cabinet du 23 février 2026, présenté à MIP London, que les numéros 4 et 6 ont déjà analysé : 14 milliards USD dans le monde en 2026, dont 3 milliards hors de Chine.
Ce que dit Omdia de la Chine. Par soustraction, la même cascade situe la Chine à 11 milliards USD en 2026. Au taux de 6,7851 CNY pour un USD relevé au 30 juin 2026, cela représente environ 74,6 milliards CNY ; au taux moyen de 2025, environ 79,1 milliards CNY. La prévision d'Omdia pour la Chine en 2026 se situe donc entre un cinquième et un quart sous le chiffre du régulateur pour 2025. Pour que les deux chiffres de 2025 se rejoignent, il faudrait un taux de 9,09 CNY pour un USD. Les calculs sont les miens.
Ce que l'écart dit, et ce qu'il ne dit pas. Il ne réfute ni l'un ni l'autre. Il établit que les deux chiffres ne mesurent pas la même chose, sauf à supposer que l'un des deux se trompe dans des proportions importantes. Aucun des documents consultés ne définit ce qu'il compte. Une taille de marché peut réunir ce que paient les spectateurs, ce que paient les annonceurs, ou les deux, et certaines mesures du secteur comptent la dépense d'acquisition d'audience, comme ce brief l'a relevé à propos d'un classement fondé sur la dépense publicitaire. Omdia indiquait en octobre 2025 que plus de 60 pour cent des revenus mondiaux du format proviennent de paiements par abonnement ou à l'unité ; le numéro 6 relevait que le cabinet ne publie pas sa base de calcul. Le résumé officiel de la conférence du 17 septembre, pour sa part, ne décrit pas la méthode du chiffre chinois. Je ne tranche pas.
Pour qui ce chiffre compte. Pour quiconque cite une taille de marché dans un plan d'affaires, un dossier de financement ou une présentation à un investisseur. Les deux chiffres les plus repris du secteur ne sont pas du même ordre de grandeur pour la Chine. Un dossier qui cite l'un pour le monde et l'autre pour la Chine, sur la même page, additionne des grandeurs incompatibles.
Sourçage
Omdia, Microdramas overtake streamers on mobile engagement, says Omdia, communiqué du 23 février 2026, omdia.tech.informa.com, consulté le 27 septembre 2026, pour les 11 milliards USD de 2025, les 14 milliards de 2026 et les 3 milliards hors de Chine ; Omdia, Microdramas to generate 11 billion dollars in global revenues in 2025, communiqué du 14 octobre 2025, même site, pour la part des paiements par abonnement ou à l'unité. Analyse antérieure de cette cascade et absence de base de calcul publiée : rappelées d'après les numéros 4 et 6. Chiffre du régulateur chinois : Bureau de l'information du Conseil des affaires d'État, résumé en anglais de la conférence du 17 septembre 2026, rappelé d'après le numéro 8. Taux moyen annuel de 2025 : Réserve fédérale des États-Unis, série G.5A, consultée par la base FRED de la Réserve fédérale de Saint-Louis le 27 septembre 2026. Taux au 30 juin 2026 : Jinxin Technology Holding Company, pièce 99.1 du formulaire 6-K du 22 septembre 2026, note 2, citant la Réserve fédérale de New York. iQSTEL : voir le sourçage de la rubrique 06. Conversions, écarts en pour cent et taux d'équivalence : calculs de l'auteur.
Le brief, chaque lundi avant 7h
Recevez le prochain numéro
En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir Le Vertical Brief par email. Désinscription à tout moment. Mentions légales
✓ Inscription notée. Vous recevrez l'édition de lundi prochain.
04 Réglementaire et social
Guangdong : le premier titre de catégorie un est hybride, précisément le cas que le barème ne tranche pas
Le fait. Selon un article du service Yangcheng Pai repris le 18 septembre par le quotidien 21 Jingji et par d'autres sites, le micro-drama 《行镖》, Xingbiao, est le premier titre de la province du Guangdong à obtenir une licence de diffusion de catégorie un depuis l'entrée en vigueur de l'ordonnance 16, le 1er septembre. Il porte le numéro (粤)微短剧审字(2026)第001号. L'article le décrit comme produit selon un mode hybride associant intelligence artificielle et prises de vues réelles, et annonce sa mise en ligne sur Tencent Video le 20 septembre. Un second titre, 《源起》, Yuanqi, est classé en catégorie deux, sous le numéro G4406887260704002.
Ce qui est vérifiable et ce qui ne l'est pas. Un message du compte Weibo officiel de la série, daté du 19 septembre et relevé dans les résultats de recherche, annonce la diffusion le lendemain en exclusivité sur Tencent Video ; un message ultérieur la présente comme en cours. Une reprise de Sina attribue la production à Tencent Video elle-même ; c'est la seule source de cette attribution. La source primaire, une décision ou une liste du bureau provincial de la radio et de la télévision du Guangdong, n'a pas été atteinte. Un point de vocabulaire reste ouvert : l'article dit que le titre a obtenu une licence de diffusion, mais qualifie son numéro de numéro d'enregistrement de mise en ligne. Les deux numéros publiés n'ont d'ailleurs pas le même format, et je ne sais pas si l'un et l'autre désignent le même type d'acte.
Le raccord avec le numéro 8. Le numéro 8 rapportait qu'une note de gestion du 17 août fixe deux barèmes distincts. Une série principalement jouée entre en catégorie un à partir de 3 millions CNY d'investissement ; une série principalement générée par intelligence artificielle, à partir de 800 000 CNY. La note ne dit pas comment se mesure ce caractère principal. Xingbiao est exactement le cas intermédiaire, et l'article ne donne ni son budget ni le barème appliqué. Le premier titre classé en catégorie un dans la province ne permet donc pas, de l'extérieur, de savoir comment l'autorité a traité la question.
La numérotation, elle, lève une interrogation. Le numéro porte le préfixe de la province : 001 est un rang provincial. Il est compatible avec les délivrances pékinoises du 1er septembre rapportées au numéro 8, et les deux rangs ne se comparent pas.
Une question de classement. Yuanqi est décrit comme une œuvre inspirée d'affaires réelles de l'histoire du Parti, sur fond de la grève de Canton et Hong Kong de 1925, avec un récit de lutte contre la corruption. Le numéro 8 rapportait que la note du 17 août place en catégorie un, quel que soit le montant, les sujets dits particuliers, dont la politique et la justice. Ce titre est pourtant classé en catégorie deux. Soit la liste des sujets particuliers est plus étroite que les reprises de la note ne le laissaient entendre, soit l'un des deux textes rapportés est inexact. La note elle-même n'a pas été retrouvée sur le site de l'autorité, et je ne tranche pas.
SAG-AFTRA. Au 24 septembre, la page contractuelle de l'accord vertical restait datée du 6 août et ne mentionnait ni prorogation ni extinction au-delà du terme du 30 juin. L'accusé de réception du 17 septembre, rapporté au numéro 8, annonçait un retour de l'équipe de communication du syndicat. Au 27 septembre, dix jours plus tard, ma demande n'a reçu aucune réponse sur le fond.
Qui est concerné. Les producteurs francophones qui recourent à l'intelligence artificielle pour une partie d'une série jouée coproduite avec un partenaire chinois. Le budget décide de l'autorité qui examine l'œuvre, et le mode de production décide du barème qui s'applique au budget. Pour une œuvre hybride, la règle de partage n'est pas publiée. La question est à poser au partenaire avant de fixer le budget, pas après.
Sourçage
Yangcheng Pai, article reproduit par 21 Jingji le 18 septembre 2026 à 20 h 47, 21jingji.com, consulté le 27 septembre 2026, pour les deux titres, leurs catégories, leurs numéros, le mode de production de Xingbiao, sa date et sa plateforme de mise en ligne et le sujet de Yuanqi ; reproduction concordante sur Sohu, relevée dans les résultats de recherche du 27 septembre 2026. Ces relevés comptent pour une seule source. Compte Weibo officiel de Xingbiao, message du 19 septembre 2026, et message Weibo ultérieur présentant la série comme en cours de diffusion, relevés dans les résultats de recherche du 27 septembre 2026, pages non ouvertes. Sina, reprise relevée dans les résultats de recherche du 27 septembre 2026, pour l'attribution de la production à Tencent Video, non vérifiée. Bureau provincial de la radio et de la télévision du Guangdong : site non atteint par le dispositif de repérage des sources de l'auteur les 22 et 24 septembre 2026. Note de gestion du 17 août 2026, barèmes, sujets particuliers et délivrances pékinoises : éléments rappelés d'après le numéro 8. SAG-AFTRA : page contractuelle relevée le 24 septembre 2026 par le dispositif de repérage des sources de l'auteur ; accusé de réception du 17 septembre 2026 rappelé d'après le numéro 8 ; absence de réponse sur le fond constatée par l'auteur le 27 septembre 2026. Traductions du chinois par l'auteur.
05 La fenêtre francophone
Québec : un appel à 75 000 CAD ouvert ce lundi, écrit pour la série publiée par son créateur, pas pour l'application
Le fait. La SODEC, société d'État québécoise de développement des entreprises culturelles, a publié le 24 septembre un appel de projets intitulé Stratégies de développement des contenus culturels numériques québécois. Les dépôts sont ouverts du 28 septembre au 12 novembre 2026 à 23 h 59. L'aide prend la forme d'une subvention qui peut atteindre 50 pour cent des dépenses admissibles, dans la limite de 75 000 CAD par entreprise, pour la mise en œuvre sur un an d'une stratégie d'affaires et de promotion. Les frais de production de contenu, y compris les cachets des créateurs, sont admissibles. Une rencontre d'information en ligne est prévue le mercredi 7 octobre de 14 h à 15 h.
Ce que l'appel couvre. Le texte de l'appel range les vidéos parmi les contenus visés. Il s'adresse aux entreprises québécoises consacrées, en tout ou substantiellement, à la création de contenus culturels numériques originaux, à la gestion de créateurs ou à la production de balados. Les conditions sont précises : deux ans d'activité, un chiffre d'affaires d'au moins 50 000 CAD sur le dernier exercice, un lien contractuel avec des créateurs résidant au Québec, des créateurs actifs sur les plateformes depuis deux ans au moins et, pour les entreprises de création, au moins 15 000 abonnés sur une plateforme. La stratégie doit viser les publics québécois. Les entreprises individuelles sont exclues. Le cumul des aides publiques ne peut dépasser 75 pour cent du budget, et l'entreprise en assume au moins 25 pour cent, dont 10 pour cent en investissement financier. L'aide est versée à 70 pour cent à la signature et à 30 pour cent sur rapport, douze mois après le début des activités.
Ce que la définition écarte, lue à la lettre. L'appel définit les plateformes numériques comme les services qui hébergent et diffusent des contenus mis en ligne directement par les créateurs ou les utilisateurs, sans l'intermédiaire d'un diffuseur, d'un distributeur ou d'un autre tiers responsable de leur publication. Cette définition décrit YouTube, TikTok ou Instagram. Elle ne décrit pas une application de micro-drama, qui commande ou acquiert les séries et en assure la publication. Deux autres exclusions touchent le format : les contenus dont le seul but est de modifier le format, la durée ou le support d'une œuvre existante, avec l'exemple explicite des remontages d'une œuvre audiovisuelle, et les formats déjà soutenus par un programme dédié de la SODEC, dont la télévision. Une déclinaison verticale d'une série existante, du type relevé chez LoveHit au numéro 7, tomberait sous la première. Ces conséquences sont ma lecture du texte, pas une position de la SODEC.
Le précédent. La précédente édition de cet appel, lancée en décembre 2025, a soutenu dix-huit entreprises pour une enveloppe totale de près de 1 million CAD, annoncée le 18 juin 2026, soit de l'ordre de 55 000 CAD par entreprise en moyenne selon mon calcul sur un total arrondi. Parmi les bénéficiaires présentés par la SODEC figure une créatrice de contenus humoristiques en formats narratifs courts. La SODEC ne publie pas la répartition par format.
Le raccord. Le numéro 8 relevait qu'à La Rochelle, le prix de la meilleure série de moins de vingt minutes allait cette année à une série diffusée sur YouTube. Le seul guichet public francophone ouvert cette semaine qui puisse financer une fiction courte en vidéo est construit pour ce modèle, celui de la série publiée par son créateur. Le fonds du CNC pour les plateformes sociales, qui visait le même modèle en France, avait ses commissions suspendues depuis le 26 mars 2026 selon la page relevée pour le numéro 6. Aucun dispositif public francophone dédié au modèle de l'application n'a été relevé à ce jour.
Qui est concerné. Les sociétés québécoises qui produisent de la fiction verticale publiée sur leurs propres comptes et qui atteignent les seuils d'abonnés et de chiffre d'affaires. Celles qui combinent publication directe et licence à une application ont une question à poser avant le 12 novembre : la licence à un tiers fait-elle sortir la série du champ de l'appel ? L'adresse indiquée par la SODEC est numerique@sodec.gouv.qc.ca.
Sourçage
SODEC, Appel de projets, Stratégies de développement des contenus culturels numériques québécois, avis publié le 24 septembre 2026, et texte de l'appel en six pages, sodec.gouv.qc.ca, consultés le 27 septembre 2026, pour les dates, le montant, le taux, les clientèles admissibles, les conditions, la définition des contenus et des plateformes, les exclusions, les règles de cumul, les dépenses admissibles, les modalités de versement et l'adresse de contact. SODEC, communiqué du 18 juin 2026 relatif aux dix-huit entreprises soutenues, sodec.gouv.qc.ca, relevé dans les résultats de recherche du 27 septembre 2026, pour l'enveloppe et la description d'une bénéficiaire. Moyenne par entreprise : calcul de l'auteur. Palmarès de La Rochelle, cas LoveHit et fonds du CNC pour les plateformes sociales : rappelés d'après les numéros 8, 7 et 6 ; l'état de ce fonds n'a pas été vérifié de nouveau. L'admissibilité d'un projet donné relève de la seule SODEC.
06 Le signal faible
iQSTEL : l'opérateur télécom comme caisse, à 4 à 6 USD par mois
Le fait. Le 17 septembre, iQSTEL, société cotée au Nasdaq sous le code IQST et spécialisée dans les services d'interconnexion entre opérateurs télécoms, publie le modèle économique de son offre de micro-drama. Le spectateur paierait environ 4 à 6 USD par mois et par abonnement, prélevés sur sa facture de téléphone mobile ou sur son solde prépayé. La recette serait partagée entre l'opérateur, qui apporte les clients et la facturation, le partenaire de contenu, qui apporte la plateforme et les séries, et iQSTEL, qui apporte l'accès aux opérateurs et l'intégration technique. La société estime sa contribution à 0,50 à 1 USD par abonné actif et par mois, après partage et charges directes. Le lendemain, un communiqué rectificatif change le titre : il mettait en avant 14,4 à 21,6 millions USD de facturation annuelle, il met désormais en avant 1,8 à 3,6 millions USD de contribution annuelle pour la société.
Ce que valent les chiffres. Ce ne sont pas des résultats, et l'émetteur l'écrit lui-même : les scénarios sont des illustrations mathématiques, sans abonnés existants ni recettes contractuelles derrière eux, et ils ne constituent pas une prévision. Le scénario central de 300 000 abonnés actifs repose sur l'hypothèse que 60 pour cent des 500 000 abonnements bruts visés pour la fin de 2027 resteraient actifs ; ces 500 000 représentent eux-mêmes 1,25 pour cent d'une audience potentielle de 40 millions d'utilisateurs mobiles, qui est la clientèle cumulée des opérateurs ciblés. Le communiqué ne nomme aucun opérateur engagé. Le partenaire de contenu n'y est pas nommé non plus ; un communiqué antérieur de la société annonçait un partenariat avec la plateforme colombienne IDILIO TV. En appariant les bornes du tableau publié, la part d'iQSTEL ressort entre 12,5 et 16,7 pour cent de ce que paie le spectateur, calcul qui est le mien.
Le signal. Il ne tient pas à iQSTEL, mais au canal. Le communiqué justifie la facturation par l'opérateur par la difficulté de payer par carte bancaire ou par le magasin d'applications, en particulier en Amérique latine et dans les marchés émergents. Omdia, dans son communiqué de février, voyait déjà dans le format une occasion d'offres groupées pour les opérateurs télécoms. Si ce canal se développe, le micro-drama y change de modèle : un abonnement bas, porté par la facture de l'opérateur, là où les applications vendent des déblocages d'épisodes ou des passes hebdomadaires. Omdia écrivait en octobre 2025 que le revenu par utilisateur des applications peut atteindre 20 USD par semaine ou 80 USD par mois. Ces montants sont des maximums et ne se comparent pas à un prix moyen ; ils situent seulement l'écart entre les deux logiques, qui échangent du revenu par tête contre de la couverture. Cette lecture est une hypothèse.
Le contre-argument. Il est sérieux. Une société dont le métier est l'interconnexion télécom, pas le contenu. Aucun contrat d'opérateur publié, aucun abonné, un objectif à quinze mois. Une vidéo de démonstration réalisée par la société elle-même et destinée, selon le communiqué, autant aux investisseurs qu'aux opérateurs. Et un rectificatif qui, en changeant de titre, déplace l'accent d'un montant brut vers un montant net plus petit, sans changer aucune hypothèse. Un signal, pas une tendance.
Qui est concerné. Les détenteurs francophones de catalogues qui visent des marchés où le paiement par carte ou par magasin d'applications n'est pas le mode dominant. Dans ce canal, la négociation ne se mène pas avec une application, mais avec un opérateur et un intégrateur, qui prennent chacun une part avant le partenaire de contenu.
Sourçage
iQSTEL, IQST, IQSTEL Digital Models 1.8 Million to 3.6 Million USD in Potential Annualized Profit Contribution from Microdrama Subscriptions, communiqué daté de New York le 17 septembre 2026, publié dans sa version rectifiée le 18 septembre 2026 à 7 h 27, heure de l'Est des États-Unis, prnewswire.com, consulté le 27 septembre 2026, pour le prix, le partage, la contribution par abonné, le tableau des scénarios, les hypothèses de 60 et de 1,25 pour cent, l'audience potentielle, l'objectif de 2027, les modes de facturation, la justification par les frictions de paiement, la vidéo de démonstration et l'avertissement de l'émetteur ; la mention du rectificatif précise que seuls le titre et le sous-titre ont changé. iQSTEL, communiqué antérieur relatif au partenariat avec IDILIO TV, relevé par son titre sur la même page, non ouvert. Omdia, communiqués du 23 février 2026 et du 14 octobre 2025, omdia.tech.informa.com, consultés le 27 septembre 2026, pour les offres groupées des opérateurs et pour le revenu par utilisateur. Part d'iQSTEL dans le prix payé : calcul de l'auteur. La lecture du canal comme signal est de l'auteur.
07 La phrase de la semaine
« the ability to shoot a high volume of high-drama scenes, with limited rehearsal time »
« La capacité de tourner un grand volume de scènes à forte charge dramatique, avec peu de temps de répétition. » Angelo Abela, codirecteur de la fiction, de la jeunesse et de la famille chez Lime Pictures et réalisateur de Revenge Is a Dish, dans le billet publié par Banijay le 16 septembre 2026. (Traduction de l'auteur.)
Ce qui la rend intéressante. C'est ce que le format demande aux comédiens, selon celui qui vient d'en diriger 57 épisodes. Abela rapproche le vertical du feuilleton quotidien, que sa société produit depuis des décennies avec Hollyoaks : les deux exigent un récit rapide, et des interprètes capables de soutenir la cadence. Dans le même billet, il présente la société comme en mesure d'assurer un devoir de protection envers les acteurs, et d'offrir des valeurs de production élevées.
Ce que cela implique, et c'est une lecture. La phrase décrit, du côté de l'employeur, la matière même de toute négociation collective sur ce format : le volume tourné par jour et le temps de préparation. Le numéro 8 relevait chez Pocket une chaîne de fabrication vidéo qui n'emploie aucun comédien, et la rubrique 04 de ce numéro montre le régulateur chinois appliquer un barème distinct aux séries générées. À l'opposé, un producteur britannique de feuilleton engage des comédiens venus du feuilleton et nomme la cadence comme la compétence requise. Le billet ne dit pas sous quel accord collectif ces comédiens ont été engagés, et je ne le suppose pas. La question que ce brief suit chez SAG-AFTRA depuis le mois d'août se pose, au Royaume-Uni, dans des termes que je n'ai pas documentés.
Sourçage
Banijay, billet du 16 septembre 2026, banijay.com, consulté le 27 septembre 2026, pour la phrase citée, traduite de l'anglais, pour le rapprochement avec le feuilleton, pour la mention du devoir de protection envers les acteurs, rapportée sans citation, et pour la fonction d'Angelo Abela. Pocket et régime chinois : voir le numéro 8 et la rubrique 04. La lecture proposée dans la seconde partie de la rubrique est de l'auteur.
Notre règle éditoriale : chaque information de ce brief doit pouvoir changer une décision professionnelle. Si elle ne change aucune décision, elle n'y entre pas.
Chaque chiffre est cité avec sa source, sa date et son périmètre. Quand une vérification n'a pas pu être menée jusqu'à la source primaire, c'est écrit. Le temps de lecture annoncé est calculé sur le corps du numéro, hors blocs de sourçage, à 220 mots par minute.
Une erreur ? Écrivez à infos@leverticalbrief.com.
Ce brief rapporte des informations sourcées et ne constitue ni un conseil juridique, ni fiscal, ni financier. Les conditions doivent être vérifiées auprès des organismes concernés.
Olivier Grzesinski, analyste indépendant, Péruwelz, Belgique.
Fin du numéro 9
La suite, lundi prochain
En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir Le Vertical Brief par email. Désinscription à tout moment. Mentions légales
✓ Inscription notée. Vous recevrez l'édition de lundi prochain.