N° 12 · Lundi 19 octobre 2026 · Lecture : 27 min
Le Vertical Brief
L'économie des micro-dramas et de la fiction verticale, vérifiée à la source.
Au sommaire de ce douzième numéro : TikTok, qui coproduit désormais des microséries pour son fil et pour PineDrama, une application que les estimations de Sensor Tower créditent de plus de 100 millions de téléchargements en moins d'un an. Un montant de 127 084,22 EUR, accordé par un fonds régional allemand à une série inscrite au genre Vertical Drama, et ce que la ligne publiée dit et ne dit pas. Le règlement de screen.brussels relu avec les réponses de son directeur, dont une position sur l'intelligence artificielle que le texte n'écrit pas. Un producteur bruxellois de téléfilms qui tourne en novembre trente épisodes d'une minute trente. Une fusion entre deux des applications les mieux classées du secteur, rapportée par la presse chinoise sans qu'aucune des parties ne l'annonce. Et la phrase d'une dirigeante de studio sur ce que le format ne serait pas.
Une ligne traverse ce numéro. Deux fonds publics européens se trouvent cette semaine devant le format vertical. L'un l'a déjà financé, sous une simple mention de genre. L'autre ne l'a pas encore vu passer, et son directeur en fixe déjà une condition. Dans les documents consultés, aucun des deux ne consacre de ligne au format vertical : il y entre par une mention de genre en Bade-Wurtemberg et par une catégorie de durée à Bruxelles. La pratique précède le texte.
Sept rubriques, toujours dans le même ordre, tous les lundis.
01 Le fait de la semaine
TikTok passe de la diffusion à la coproduction, pour son fil et pour PineDrama
Le fait. Le 14 octobre 2026, pendant MIPCOM, TikTok annonce sur sa salle de presse un partenariat stratégique avec MADE BY US STUDIOS pour coproduire une série de microséries verticales destinées à TikTok et à PineDrama. Le communiqué présente MADE BY US STUDIOS comme un studio conçu pour l'économie des créateurs, adossé à MADE BY ALL, société de gestion de créateurs. Deux projets sont nommés. Player, thriller de vengeance sentimentale, est porté par la créatrice Hannah Stocking, coautrice de l'histoire et productrice exécutive, réalisé par Louiza Zouzias et produit par Jonas Barnes. The Knock, série de genre créée et réalisée par R.H. Stavis, est produite à titre exécutif par Spooky Pictures avec la société de production du musicien Moby, qui en signe la musique ; le créateur Adam Rose y tient le rôle principal. Le communiqué donne les audiences des deux créateurs sur TikTok : 29,7 millions d'abonnés pour la première, 7 millions pour le second, sans date de relevé.
Ce que le communiqué ne dit pas. Il ne publie ni le nombre de titres de la série annoncée, ni un nombre d'épisodes, ni une durée d'épisode, ni un montant, ni une durée d'accord, ni la répartition des droits entre les deux coproducteurs. Il ne dit pas non plus que les séries seront exclusives. La reprise de TheWrap qualifie l'accord de pluriannuel et en déclare l'exclusivité pour TikTok et PineDrama : ces deux éléments ne figurent pas dans le texte de TikTok. Le seul emploi du mot exclusivement, dans le communiqué, porte sur un accord antérieur, celui conclu plus tôt dans l'année avec HOORAE, la société d'Issa Rae, pour la microsérie Screen Time. Je m'en tiens au communiqué.
Le chiffre que TikTok met en avant. Selon le communiqué, Screen Time a réuni près de 580 millions de vues dans le monde depuis sa mise en ligne en avril, et serait le programme le plus performant de l'histoire de TikTok et de PineDrama. Le 6 octobre, un communiqué de Graviteur Studios, société liée à Dolphin Entertainment, cotée au NASDAQ, attribuait à la même série plus de 250 millions de vues sur TikTok. Les deux relevés n'ont ni la même date ni, selon toute apparence, le même périmètre : le second ne nomme que TikTok, le premier cumule les deux services. Je ne rapproche pas ces deux valeurs, et aucune des deux ne dit combien de personnes ont vu la série en entier. Le numéro 4 rappelait qu'une vue au sens de TikTok ne se corrèle pas nécessairement au temps passé ni aux recettes.
Ce que l'on sait de PineDrama. Le communiqué ne décrit pas PineDrama. Un compte rendu publié le 12 octobre par Huxiu attribue à Sensor Tower plus de 100 millions de téléchargements cumulés et environ 7 millions d'utilisateurs actifs quotidiens au mois de septembre 2026, pour une application de micro-drama que la presse chinoise rattache à ByteDance et destine aux marchés hors de Chine, lancée environ neuf mois plus tôt. Le même compte rendu situe environ 82 pour cent des téléchargements en Indonésie et au Brésil. Le 15 octobre, le quotidien Caixin écrit que Sensor Tower lui a confirmé directement ces deux valeurs le 14 octobre. Ce sont des estimations d'un fournisseur tiers, non des chiffres déclarés par l'éditeur, et la confirmation rapportée porte sur les valeurs, non sur leur date de mesure. Aucune source consultée ne publie de revenu pour l'application.
Le déplacement. Le numéro 1 décrivait TikTok entrant dans le micro-drama comme une infrastructure : un fil sur lequel les applications spécialisées achètent leur trafic, et une application payante testée en marge. Le communiqué du 14 octobre place TikTok à un autre étage de la chaîne. Il ne se contente plus de diffuser des séries produites par d'autres ni d'en acquérir : il les coproduit, avec des créateurs qui arrivent avec leur audience. La responsable mondiale du divertissement et des microséries de TikTok, Dawn Yang, y parle d'un investissement continu dans la fiction verticale. Selon ces sources, le même groupe tient désormais le canal par lequel les applications acquièrent leurs spectateurs, et coproduit pour une application que la presse chinoise lui rattache. Cette lecture d'ensemble est la mienne.
Qui est concerné. Les producteurs francophones qui cherchent un débouché pour une série verticale, et les créateurs qui disposent d'une audience propre. Le schéma décrit par TikTok part du créateur et lui adjoint un studio, quand le schéma des applications payantes part d'un catalogue de titres. Pour un producteur qui entrerait dans ce type d'accord, les questions que le communiqué laisse ouvertes sont celles qui fixent la valeur du projet. La première porte sur la propriété de la série à l'issue de la coproduction. La seconde porte sur la durée de la première fenêtre, qui commande la possibilité de vendre ensuite la série à une autre plateforme.
Sourçage
TikTok, TikTok and MADE BY US STUDIOS Enter Strategic Partnership to Co-Produce Slate of Creator-Led Micro-Series, communiqué du 14 octobre 2026, newsroom.tiktok.com, consulté le 18 octobre 2026, pour le partenariat, les deux titres, les équipes, les audiences des deux créateurs, les près de 580 millions de vues de Screen Time, la mention d'exclusivité limitée à l'accord HOORAE et les propos de Dawn Yang, rapportés sans citation. TheWrap, article de Tess Patton du 14 octobre 2026, thewrap.com, relevé par le dispositif de repérage des sources de l'auteur le 15 octobre 2026, pour la qualification pluriannuelle et l'exclusivité, absentes du communiqué. Graviteur Studios, communiqué du 6 octobre 2026 diffusé par ACCESS Newswire, relevé par le même dispositif le 15 octobre 2026, pour les 250 millions de vues sur TikTok. Huxiu, article signé Guaige du 12 octobre 2026, huxiu.com, et Caixin, article de Guan Cong du 15 octobre 2026, caixin.com, relevés par le même dispositif les 13 et 15 octobre 2026, pour les estimations de Sensor Tower sur PineDrama et la confirmation du 14 octobre ; relevé de Sensor Tower non publié et non consulté. Unité de compte des vues : rappelée d'après le numéro 4. Position de TikTok décrite au numéro 1 : rappelée d'après ce numéro. La lecture d'ensemble du dernier paragraphe de la rubrique est de l'auteur.
02 Radar marché
FOX Entertainment et Hartbeat : 25 séries verticales pour My Drama, et un droit de premier regard sur leurs adaptations.
Selon TheWrap, le 13 octobre, FOX Entertainment et Hartbeat, la société de Kevin Hart, ont conclu un accord en deux volets. FOX obtient un droit de premier regard sur l'adaptation en film ou en série télévisée des microséries développées sous les marques Codeblack, Essence et Revolt de Hartbeat. FOX Entertainment Global distribuera ensuite dans le monde les séries verticales elles-mêmes, après leur première exploitation sur My Drama, l'application de Holywater. Le premier lot compte 25 séries en prises de vues réelles, et une destination Codeblack est présentée comme la première chaîne de marque de la plateforme.
Aucun communiqué des parties n'a été retrouvé, et les autres comptes rendus du même jour n'ont pas été consultés. Ni montant, ni durée, ni territoire, ni nombre d'épisodes par série ne sont publiés. Deux raccords méritent d'être posés. Le numéro 8 rappelait que FOX Entertainment est actionnaire de Holywater et que son accord avec Dhar Mann suivait le même ordre : première fenêtre sur My Drama, puis distribution par FOX Entertainment Global. Le numéro 6 relevait que Hartbeat avait fait d'aTwist, le 1er septembre, le lieu de diffusion exclusif de ses programmes verticaux originaux. La reprise présente l'accord avec aTwist comme distinct ; comment l'exclusivité accordée à aTwist et la première fenêtre accordée à My Drama, annoncées à six semaines d'intervalle, se partagent le catalogue de Hartbeat n'est écrit nulle part.
Channel 4 : une première série verticale, construite autour d'une marque de parfum.
Selon LBB Online et TheIndustry.beauty, le 13 octobre, Channel 4 a commandé The Guest List, série verticale de cinq épisodes produite par curly media, mise en ligne à partir du 24 octobre sur ses comptes TikTok, YouTube et Meta. La série est construite avec Sol de Janeiro : quatre parfums de sa gamme Intense Mist inspirent les quatre personnages principaux. L'accord a été négocié par l'agence Zenith UK.
Aucun communiqué de Channel 4 n'a été retrouvé, et les reprises n'écrivent pas l'année de la date du 24 octobre. Elles emploient les mots commande et partenariat sans dire s'il s'agit d'un parrainage, d'un placement de produit ou d'un financement par la marque, ce qui détermine le régime de la communication commerciale. La même marque figure, selon Tubefilter, parmi les intégrations d'une autre microsérie de HOORAE produite pour TikTok : la même marque est associée la même semaine au format chez un diffuseur public et chez une plateforme sociale, sous une forme que ni l'une ni l'autre source ne qualifie.
Globo : chaque novela inédite de 2027 aura son micro-drama vertical.
Selon deux reprises du 15 octobre, TTV News et Pipoca Moderna, Globo a annoncé lors de son événement Upfront 2027, à São Paulo, que toutes ses novelas inédites de 2027 seront accompagnées de micro-dramas verticaux. Deux titres dérivés de novelas de son catalogue, de cinquante épisodes chacun, arrivent sur Globoplay les 20 et 27 octobre. Selon la première reprise, les sept premiers épisodes sont accessibles sans paiement, la suite étant réservée aux abonnés.
Aucun communiqué de Globo n'a été retrouvé. Les deux reprises ne portent pas les mêmes chiffres et ne formulent pas l'engagement de la même façon : toutes les novelas inédites selon l'une, toutes les novelas selon l'autre. Aucune ne publie de nombre d'épisodes, de durée ni de budget pour les séries de 2027. Le schéma est celui que le numéro 9 relevait chez Mediacorp et SBS : la propriété intellectuelle vient du catalogue d'un diffuseur, qui la décline au format court. Il est ici annoncé comme une règle de programmation, et non comme une opération.
Urban One : vingt épisodes d'environ nonante secondes, en exclusivité sur un compte TikTok.
Le groupe américain Urban One a annoncé le 14 octobre deux microséries, Power & Influence et Foul Play, de vingt épisodes chacune d'une durée moyenne d'environ nonante secondes. La première est mise en ligne ce lundi 19 octobre, à titre exclusif, sur le compte TikTok de BOSSIP, marque éditoriale du groupe. La seconde est en production, sans date.
Les deux publications relevées appartiennent au groupe lui-même, et aucun communiqué de société n'a été retrouvé : je les traite comme des reprises. Aucun annonceur n'est nommé, et le propos cité décrit une possibilité offerte aux marques, non un contrat conclu. Urban One est coté au NASDAQ ; aucun document de marché ne fait état de cette activité à ce jour.
BeLive Holdings : une première ligne de revenu de production de contenu, à côté d'un accord de micro-drama.
BeLive Holdings, société singapourienne cotée au NASDAQ sous le code BLIV, a déposé le 14 octobre auprès de la Securities and Exchange Commission ses comptes du premier semestre 2026. Le revenu total atteint 659 389 SGD, contre 350 045 SGD un an plus tôt, dont 88 023 SGD au titre de la production de contenu, ligne nulle au premier semestre 2025. Le document décrit une collaboration stratégique conclue en mars 2026 avec COL Web Pte Ltd pour développer et distribuer des contenus de micro-drama : la contrepartie apporte propriété intellectuelle et savoir-faire de production, BeLive son infrastructure de diffusion pour des applications sous marque.
Le dépôt n'attribue aucun montant au micro-drama et ne ventile pas son revenu par segment : rien n'établit quelle part des 88 023 SGD vient de cette collaboration, ni qu'elle en vient. La collaboration n'a ni valeur, ni durée, ni date précise publiées. Je n'ai pas établi de lien entre COL Web Pte Ltd et le groupe chinois COL, traité au numéro 6 ; la ressemblance de nom n'en est pas un.
dentsu : « un consommateur sur cinq », un titre que les taux publiés ne recoupent pas.
Selon The Drop, le 12 octobre, une étude de dentsu présentée à MIPCOM repose sur 8 400 personnes interrogées en avril 2026, à raison de 700 dans chacun de douze marchés, dont la France. Les taux de consultation régulière ou assez fréquente de micro-dramas déclarés vont de 35 pour cent en Chine à 11 pour cent au Royaume-Uni et aux États-Unis, en passant par 20 pour cent en Inde et 17 pour cent en Malaisie.
Le rapport n'a pas été retrouvé. Une seconde publication du même jour, Real-Reel, lui donne un autre titre et écrit que 62 pour cent des personnes déclarent des sessions de plus d'une heure. The Drop publie trois tranches : 42 pour cent jusqu'à une heure, 15 pour cent de deux à trois heures, 5 pour cent au-delà de trois heures. Leur somme vaut exactement 62 pour cent, calcul qui est le mien ; la coïncidence suggère une addition erronée chez l'une des deux sources, sans l'établir. Le titre de The Drop, une personne sur cinq, ne correspond à aucun taux publié par marché, et sa base de calcul n'est pas donnée. Le taux français n'est publié par aucune des deux. Ce sont des déclarations de personnes interrogées, non des mesures d'audience.
Les rendez-vous
Lundi 19 octobre : mise en ligne de Power & Influence sur le compte TikTok de BOSSIP.
Mardi 20 et mardi 27 octobre : mise en ligne sur Globoplay des deux micro-dramas dérivés de novelas.
Samedi 24 octobre, si l'année non écrite par les reprises est bien 2026 : première mise en ligne de The Guest List sur les comptes sociaux de Channel 4.
Dimanche 1er novembre : ouverture annoncée de Snäxx, l'application de Black Forest Studios décrite au numéro 8, dont la rubrique 03 traite une série.
Mardi 3 novembre : prochaine date de dépôt de la MFG Baden-Württemberg.
Début novembre, à Bruxelles : tournage de la série verticale d'AT Production, traitée en rubrique 05.
Jeudi 12 novembre, 23 h 59 : clôture de l'appel de la SODEC sur les contenus culturels numériques québécois, décrit au numéro 9.
Dimanche 15 novembre : annonce des vingt finalistes du concours Vertival, dont les dépôts ont fermé le 15 octobre.
Lundi 30 novembre : clôture des dépôts du concours international de micro-drama du régulateur chinois, décrit au numéro 11.
Du 30 novembre au 3 décembre : Content London.
Mardi 1er décembre : début de la diffusion de Fake It, Mythos de Noël sur france.tv, décrite au numéro 11.
Sourçage
TheWrap, article de Casey Loving du 13 octobre 2026, thewrap.com, relevé par le dispositif de repérage des sources de l'auteur le 13 octobre 2026, pour l'accord FOX Entertainment et Hartbeat ; comptes rendus de Deadline, The Hollywood Reporter et Variety non consultés ; aucun communiqué des parties retrouvé. LBB Online et TheIndustry.beauty, articles du 13 octobre 2026, relevés par le même dispositif le 13 octobre 2026, pour The Guest List ; origine commune non établie, aucun communiqué de Channel 4 retrouvé. Tubefilter, article de James Hale du 14 octobre 2026, relevé par le même dispositif le 15 octobre 2026, pour l'intégration de Sol de Janeiro dans une microsérie de HOORAE, attribuée à un communiqué de HOORAE non retrouvé. TTV News et Pipoca Moderna, articles du 15 octobre 2026, relevés par le même dispositif le 15 octobre 2026, pour Globo ; aucun communiqué ni dossier de presse de Globo retrouvé. BOSSIP, article de Keenan Higgins du 14 octobre 2026, et Urban Insite, 14 octobre 2026, publications du groupe Urban One, relevées par le même dispositif le 15 octobre 2026. BeLive Holdings, formulaire 6-K déposé le 14 octobre 2026, numéro d'accès 0001493152-26-046951, sec.gov, relevé par le même dispositif le 15 octobre 2026, section Recent Developments, rapport de gestion et note 4 des états financiers. The Drop, article d'Andy Fry du 12 octobre 2026, dropmedia.co.uk, et Real-Reel, revue hebdomadaire du 12 octobre 2026, real-reel.com, relevés par le même dispositif le 13 octobre 2026, pour l'étude de dentsu ; rapport non retrouvé. Somme des trois tranches de durée de session : calcul de l'auteur. Dates de mise en ligne : telles que publiées par les sources ci-dessus. MFG : communiqué du 28 septembre 2026, cité en rubrique 03. Snäxx, SODEC, concours de l'autorité chinoise, Vertival et France Télévisions : rappelés d'après les numéros 8, 9 et 11 ; date des finalistes de Vertival relevée sur vertival.fr par le dispositif de repérage des sources de l'auteur le 15 octobre 2026. Raccords avec les numéros 6, 8 et 9 : rappelés d'après ces numéros.
03 Le chiffre vérifié
127 084,22 EUR : ce qu'un fonds régional allemand a accordé à une série inscrite au genre Vertical Drama
Le chiffre. Le 28 septembre 2026, la MFG Medien- und Filmgesellschaft Baden-Württemberg publie les décisions de soutien prises le 24 septembre. Dans le tableau des aides à la production figure Black Forest Royale, écrite et réalisée par Nina Gwyn, déposée par Black Forest Studios GmbH, établie à Kirchzarten. Montant accordé : 127 084,22 EUR. À la ligne du genre, le tableau porte deux mots : Vertical Drama. Le résumé publié décrit un Californien de dix-sept ans qui, au mariage de sa mère, entre dans une famille de la noblesse allemande, ses intrigues et ses secrets.
D'où il vient, et comment il a circulé. Le chiffre figure dans le document de l'organisme depuis le 28 septembre. Je ne l'ai vu circuler dans la presse professionnelle qu'à partir du 11 octobre, sur C21Media, sous un titre qui l'exprime en dollars : environ 142 000 USD. La conversion n'indique ni taux ni date de change. Le taux qu'elle suppose, calculé par moi, est d'environ 1,117 USD pour un euro. Le corps du communiqué de la MFG, de son côté, arrondit le montant à environ 127 000 EUR. Le chiffre exact, celui qui engage l'organisme, est celui du tableau.
Sa place dans la session. La session du 24 septembre soutient 26 projets. Les aides à la production en réunissent quatorze, pour 3 269 584,22 EUR selon le sous-total publié. Black Forest Royale en est la huitième par le montant, et pèse 3,9 pour cent de l'enveloppe de production de la session, calcul qui est le mien. L'aide la plus élevée de la session, 650 000 EUR, va à un long métrage d'animation pour enfants. Le total de la session est publié à 3 635 333,22 EUR ; la somme des trois sous-totaux publiés donne 3 635 333,60 EUR, soit un écart de 0,38 EUR que je signale sans l'expliquer. Le communiqué range la série dans un paragraphe consacré aux nouveaux formats de récit audiovisuel ; c'est la seule de la liste dont la ligne de genre mentionne le format vertical.
Ce que le chiffre ne dit pas. Le tableau ne donne ni le nombre d'épisodes, ni leur durée, ni le budget total de la série, ni donc la part que l'aide y représente, ni la date ou le lieu de diffusion. Il ne nomme pas le programme de soutien mobilisé au-delà de la rubrique d'aide à la production, et je n'ai pas relevé les conditions de ce programme : je ne sais pas s'il comporte un critère de format, ni si l'aide prend la forme d'une subvention ou d'un prêt. Je ne sais pas davantage si la mention Vertical Drama figure dans la décision elle-même ou seulement dans sa présentation publique. Rien dans le document n'établit l'existence d'une ligne de financement dédiée au format vertical : la série figure dans la rubrique ordinaire de l'aide à la production, avec une mention de genre.
Le raccord. Le numéro 8 décrivait Snäxx, l'application de micro-drama de Black Forest Studios, société de Nina et Sebastian Weiland selon le quotidien professionnel DWDL, dont l'ouverture est annoncée pour le 1er novembre et dont le site affiche une fonction de double format, vertical sur le téléphone et horizontal pour la télévision. C21Media écrit que Black Forest Royale est conçue pour une consultation sur téléphone, avec des versions verticales et horizontales produites en parallèle, et la rattache à Snäxx. Le document de la MFG ne nomme pas Snäxx. Je n'ai pas établi si la série est destinée à l'ouverture de l'application, ni le rapport entre la signature Nina Gwyn et la dirigeante citée par DWDL.
Pour qui ce chiffre compte. Pour les producteurs européens qui préparent un dossier de série verticale devant un fonds régional. Le cas allemand montre une série verticale soutenue au titre de la rubrique ordinaire d'aide à la production, sans qu'aucun dispositif dédié n'apparaisse dans le document. La rubrique 04 montre qu'à Bruxelles, la porte existe aussi dans le texte, et que personne ne l'a encore franchie avec une série conçue pour les applications.
Sourçage
MFG Medien- und Filmgesellschaft Baden-Württemberg, MFG Baden-Württemberg fördert 26 Film- und Serienprojekte mit rund 3,64 Millionen Euro, communiqué du 28 septembre 2026, tableau des décisions du 24 septembre 2026, rubriques Stoffentwicklung, Produktionsvorbereitung et Produktionsförderung, ligne Black Forest Royale, sous-totaux et total, et date du prochain dépôt fixée au 3 novembre 2026, film.mfg.de, consulté le 18 octobre 2026. Signalement initial par le dispositif de repérage des sources de l'auteur le 13 octobre 2026. C21Media, article d'Ed Waller daté du 11 octobre 2026, c21media.net, relevé par le même dispositif le 13 octobre 2026, pour la conversion en dollars, la conception pour téléphone, les versions parallèles et le rattachement à Snäxx. Snäxx et DWDL : rappelés d'après le numéro 8. Rang, part de l'enveloppe, somme des sous-totaux et taux de change implicite : calculs de l'auteur, qui se refont sur les valeurs citées.
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04 Réglementaire et social
screen.brussels : le texte admet les séries courtes, son directeur ajoute une condition sur l'intelligence artificielle
Le fait. Le fonds régional screen.brussels n'a encore reçu ni soutenu aucune série verticale conçue pour les applications de micro-drama. C'est la réponse de son directeur, Noël Magis, à la première des quatre questions que je lui ai adressées par messagerie professionnelle, reçue le vendredi 16 octobre : non, pas encore. J'ai relu le règlement publié par le fonds, en français et en anglais, pour situer ses réponses dans le texte.
Ce que le règlement prévoit déjà. Il déclare recevable tout type et tout format de produit audiovisuel susceptible d'enrichir le patrimoine de la Région de Bruxelles-Capitale ou des États coproducteurs. Il réserve une catégorie aux séries de moins de dix minutes par épisode, avec deux conditions propres : 60 pour cent du financement total acquis au dépôt, contre 50 pour cent pour les séries plus longues, et au moins 45 000 EUR de dépenses audiovisuelles éligibles en Région bruxelloise, hors TVA et imprévus, contre 250 000 EUR. Le fonds a déjà soutenu une série très courte : Ante Chris, websérie d'animation de quinze épisodes de deux minutes produite par Squarefish, retenue lors de sa quinzième session, dont la page ne donne pas l'année. L'aide prend la forme d'avances remboursables sur recettes nettes, plafonnées à 500 000 EUR par projet et à la moitié du budget total. Le règlement ne mentionne ni le format vertical, ni l'intelligence artificielle, ni la vente à l'épisode par une application.
L'intelligence artificielle. À la question de savoir si le recours à l'intelligence artificielle a une incidence sur l'éligibilité ou sur les dépenses retenues, Noël Magis répond oui. Le fonds souhaitera connaître très précisément ce qui a été produit avec l'intelligence artificielle, et, selon ses termes, « le "temps machine" n'est pas structurant ». Il rattache cette position à la mission principale du fonds, le soutien à l'emploi des artistes et des techniciens bruxellois. Le mot est celui du règlement. Celui-ci n'admet que des dépenses structurantes, qu'il définit comme générant des retombées économiques à long terme pour le secteur audiovisuel bruxellois, et range le matériel informatique parmi les dépenses non structurantes, sauf lorsqu'il sert aux effets spéciaux ou à l'animation du projet. Son principal critère de sélection, noté sur 75 points sur 100, s'intitule d'ailleurs effets structurants. La position du directeur n'est pas écrite dans le texte : c'est une déclaration, que je rapporte comme telle. Elle applique à une technique nouvelle une catégorie que le texte contient déjà.
Les recettes. Le fonds perçoit chaque année, sur les recettes nettes d'exploitation, un pourcentage égal à la part de son investissement dans le budget total, et le conserve après le remboursement de l'avance. Noël Magis le confirme en ces termes : une contribution de 2 pour cent du budget ouvre droit à 2 pour cent des recettes. Sa réponse ne traite pas le cas que je lui posais, celui d'une plateforme qui rémunère l'épisode à l'unité. Le texte en éclaire un autre. Parmi les postes déductibles des recettes nettes figurent les préventes et minimums garantis, lorsqu'ils ont servi à financer l'œuvre et ont été déclarés au plan de financement. Si le prix forfaitaire versé par une plateforme qui commande la série est traité comme une prévente et déclaré au plan de financement, il serait déduit des recettes nettes, et l'assiette du fonds se réduirait aux recettes perçues au-delà de ce prix. C'est une lecture du texte, la mienne, que je n'ai pas encore soumise au fonds. Un second point relève de la lecture, et je le signale sans le trancher : dans la page publiée, en français comme en anglais, la ligne des revenus d'exploitation à l'étranger figure dans la liste des postes déductibles, et non à côté des revenus belges. Pour un format dont l'essentiel des recettes se forme sur des applications diffusées dans le monde entier, savoir si cette disposition tient à la mise en page ou au texte n'est pas un détail.
Le plafond, et un rapport d'un septième. Je demandais quel plafond était en vigueur, le règlement fixant 500 000 EUR et la fiche du fonds publiée par le réseau Cine-Regio indiquant des avances de 20 000 à 300 000 EUR. Noël Magis ne répond pas sur ce point. Il indique que l'investissement du fonds est, a minima, d'un septième des dépenses audiovisuelles bruxelloises. Le règlement, lui, exige seulement que ces dépenses égalent au moins le montant demandé, et compte le rapport entre investissement demandé et dépenses éligibles parmi les critères des 75 points. Deux lectures de la phrase sont possibles, l'une fixant un plancher à l'investissement du fonds, l'autre exigeant des dépenses d'au moins sept fois l'aide. Je ne retiens aucune des deux et je ne calcule aucun montant d'aide sur cette base. Je n'ai pas encore demandé au fonds de préciser sa phrase.
Le calendrier. Le règlement annonce trois sessions par an, en janvier, juin et septembre ; la page de présentation du fonds indique janvier, mai et septembre. La page des sessions publie pour 2026 trois dates de dépôt, le 23 janvier, le 5 juin et le 11 septembre, et une décision de la dernière session au 16 octobre. Elle ne publie aucune date pour 2027 à la date de consultation. Le règlement ajoute que la première facture d'une dépense retenue doit être postérieure à la date du dépôt, seules les dépenses de scénario faisant exception.
SAG-AFTRA. La page contractuelle de l'accord vertical, relevée le 13 octobre, restait datée du 6 août et ne mentionnait ni prorogation ni extinction au-delà du terme du 30 juin ; elle n'a pas répondu le 15 octobre. Ma demande au syndicat, relancée le 12 septembre et dont il avait accusé réception le 17 septembre, n'a reçu aucune réponse sur le fond à la date de rédaction. Les coproductions américaines décrites en rubriques 01 et 02 posent la question de son application sans y répondre.
Qui est concerné. Les producteurs bruxellois et leurs coproducteurs qui envisagent une série verticale. Le texte leur ouvre une catégorie, avec un seuil de dépenses que le format peut atteindre. La position du directeur fixe une condition de fait : le fonds attend une déclaration précise de ce qui a été produit avec l'intelligence artificielle, et ne range pas, selon lui, le temps machine parmi ce qui structure l'emploi bruxellois. Pour un format dont une partie du secteur, chez FlexTV au numéro 11 comme dans les plateformes chinoises, se tourne vers les séries générées, la condition sépare deux économies de production.
Sourçage
Noël Magis, directeur de screen.brussels, réponses écrites à quatre questions de l'auteur, message reçu sur LinkedIn le 16 octobre 2026, capture datée conservée par l'auteur ; réponses rédigées en capitales, citées en casse ordinaire, sans autre modification. Citation nominative acceptée par l'intéressé. screen.brussels, Règlement de screen.brussels, page sans date de mise à jour, screen.brussels/fr/reglement-de-screenbrussels, et version anglaise Rules for applying, consultées le 18 octobre 2026, sections 3.1 et 3.2 pour la recevabilité, la catégorie des séries de moins de dix minutes et la règle des dépenses égales au montant demandé, section 5 pour le calendrier, section 6.2 pour les critères et leur pondération, sections 7 et 8 pour les dépenses structurantes et non structurantes, section 9 pour le financement acquis, section 10 pour le plafond et le point de départ des dépenses, section 12 pour le remboursement et les postes déductibles. screen.brussels, page Sessions, consultée le 18 octobre 2026, pour les dates de 2026. Page de présentation Fund your project, session 15 et fiche Cine-Regio du fonds : consultées par l'auteur le 15 octobre 2026. SAG-AFTRA : page relevée le 13 octobre 2026 par le dispositif de repérage des sources de l'auteur, non récupérée le 15 octobre 2026 ; accusé de réception rappelé d'après le numéro 8. FlexTV : rappelé d'après le numéro 11. La lecture du mot structurant, celle de l'assiette des recettes en cas de commande forfaitaire et la remarque sur la ligne des revenus étrangers sont de l'auteur.
05 La fenêtre francophone
AT Production : un producteur bruxellois de téléfilms tourne trente épisodes d'une minute trente
Le fait. Le 7 octobre, Noël Magis relaie sur LinkedIn une annonce de recrutement d'AT Production. La société prépare une nouvelle série de fiction verticale de trente épisodes d'une minute trente, tournée à Bruxelles début novembre, et cherche une réalisatrice ou un réalisateur junior, avec la mention short drama et intelligence artificielle. Le tournage est annoncé sur environ quatre jours, sous la conduite d'un réalisateur principal et d'une équipe de production déjà en place. L'annonce met en avant une volonté de transmission, en vue de préparer la personne retenue à réaliser seule de futurs projets.
Qui est AT Production. Le site d'AT-Prod s.a. donne pour seule adresse l'avenue des Princes Brabançons, à Watermael-Boitsfort. Selon son site, la société a été fondée en 1994 par Arnauld de Battice sous le nom d'Archi-Text, et a pris son nom actuel en 1999. Elle produit des séries, des téléfilms, des longs métrages et des documentaires, principalement en coproduction avec la France. Sa page d'accueil revendique vingt-cinq ans d'existence, dix longs métrages, 160 téléfilms, 35 séries et 18 documentaires ; la date de fondation publiée par la même société situe son existence à trente-deux ans, ce qui indique que ce texte n'a pas été mis à jour depuis plusieurs années, lecture qui est la mienne. Je ne sais pas si les volumes de production l'ont été. Sa filmographie publiée est faite pour l'essentiel de fiction télévisée, avec des téléfilms comme Meurtres à Bayeux ou Nouveaux meurtres à Saint-Malo et la série courte La minute vieille. Le site cite la RTBF, RTL-TVI et Netflix parmi ses partenaires de diffusion, et screen.brussels parmi ses partenaires de financement. Il ne mentionne aucun format vertical, et la série annoncée n'apparaît pas dans la filmographie publiée au 18 octobre, ce qui n'établit rien.
Ce que disent les chiffres de l'annonce. Trente épisodes d'une minute trente font quarante-cinq minutes de programme. Tournées en quatre jours, elles supposent environ onze minutes utiles par jour, soit sept à huit épisodes, calcul qui est le mien. Le nombre d'épisodes ne suffit pas à situer la série. aTwist annonçait au numéro 6 des titres de quarante à soixante épisodes. Les séries de diffuseurs relevées ce mois-ci vont de cinq épisodes chez Channel 4 à cinquante chez Globo, en passant par vingt-quatre chez France Télévisions, et Urban One en publie vingt sur un compte social. L'annonce ne permet pas de dire à quel usage la série est destinée.
Ce que l'annonce ne dit pas. Elle ne nomme ni diffuseur ni plateforme, ne décrit pas le financement, et emploie le mot intelligence artificielle dans l'intitulé du poste sans préciser à quoi elle servira, à l'écriture ou aux déclinaisons linguistiques par exemple. Elle ne dit pas que screen.brussels soutient le projet, et le relais de l'annonce par le directeur du fonds ne l'établit pas. J'ai adressé à AT Production le 15 octobre une demande de presse sur ces points, en demandant une réponse avant le 28 octobre. Elle n'a pas répondu à la date de rédaction.
Ce que le règlement bruxellois permet d'en dire. Une série de trente épisodes d'une minute trente relève par construction de la catégorie des séries de moins de dix minutes décrite en rubrique 04 : 45 000 EUR de dépenses bruxelloises au minimum, 60 pour cent du financement acquis au dépôt. Deux éléments du texte et de la réponse du directeur se combinent. Le règlement n'admet que des dépenses facturées après le dépôt du dossier, scénario excepté, et la dernière session de 2026 a clos ses dépôts le 11 septembre. Noël Magis indique, le 16 octobre, qu'aucune série conçue pour les applications de micro-drama n'a été déposée. Si la série d'AT Production répond à cette description, ses dépenses de tournage de novembre ne pourraient pas, selon la lettre du texte, être retenues par une session ultérieure. Cette lecture est conditionnelle : je ne sais pas à quelles plateformes la série est destinée, et elle peut ne pas relever de la question posée au fonds.
Qui est concerné. Les producteurs belges francophones de fiction télévisée. Le numéro 11 montrait un producteur français installé, JLA, ouvrir sa propre application. AT Production est un producteur belge installé de téléfilms qui tourne une série verticale à Bruxelles, avec une équipe en place et un poste de réalisateur junior. Que la série passe ou non par un fonds public, l'annonce associe dans un même intitulé l'emploi d'un jeune réalisateur et l'intelligence artificielle, les deux termes que le directeur de screen.brussels met en regard dans sa réponse.
Note d'indépendance. Les rubriques 04 et 05 portent toutes deux sur screen.brussels et sur un projet relayé par son directeur. Je n'entretiens aucune relation commerciale avec screen.brussels ni avec AT Production. Je suis en relation de premier degré sur LinkedIn avec Noël Magis, par qui j'ai eu connaissance de l'annonce. Ses réponses ont été obtenues comme une demande de presse, à visage découvert, en annonçant leur publication.
Sourçage
Noël Magis, publication LinkedIn du 7 octobre 2026 relayant l'annonce de recrutement d'AT Production, texte relevé par l'auteur le 15 octobre 2026, pour le format, le lieu, la période et la durée du tournage, l'intitulé du poste et son encadrement. AT-Prod, page d'accueil at-prod.com, page At-Prod et page Contact, consultées le 18 octobre 2026, pour le siège, la date de fondation, le fondateur, les chiffres de production revendiqués, les titres cités, les partenaires et la filmographie publiée. Demande de presse de l'auteur à info@at-prod.com, envoyée le 15 octobre 2026, sans réponse au 18 octobre 2026. Réponse de Noël Magis du 16 octobre 2026 et règlement de screen.brussels : voir le sourçage de la rubrique 04. aTwist, JLA et France Télévisions : rappelés d'après les numéros 6 et 11 ; Channel 4, Globo et Urban One : voir la rubrique 02. Durée totale, rythme quotidien et ancienneté de la société : calculs de l'auteur. La lecture conditionnelle du calendrier est de l'auteur.
06 Le signal faible
DramaBox et GoodShort : une fusion rapportée, que personne n'annonce
Le fait. Le 13 octobre, le site économique chinois Jiemian publie un article, repris d'un compte spécialisé, qui rapporte une fusion stratégique entre DramaBox et GoodShort, deux applications de micro-drama tournées vers les marchés hors de Chine. DramaBox est issue de Dianzhong Technology et exploitée depuis Singapour par la société STORYMATRIX ; GoodShort a été lancée par Beijing Xinyue Shidai et est exploitée depuis Singapour par une filiale d'une société des îles Caïmans, TAP FUTURE. L'article écrit lui-même qu'aucune annonce officielle n'existe à sa date et attribue l'information à des sources du secteur qu'il ne nomme pas. Le 15 octobre, Caixin porte la fusion dans le titre d'un article sans la décrire dans son texte. Des publications du 10 octobre, sur une plateforme d'hébergement de contenus, la disaient officiellement achevée, sans document à l'appui.
Ce qui va en sens contraire. Jiemian a recueilli auprès de Dianzhong, en Chine, la déclaration que DramaBox et Dianzhong sont deux sociétés indépendantes. Il constate que les actionnaires directs des deux sociétés d'exploitation n'ont pas changé, et avance l'hypothèse d'une opération à un niveau de détention supérieur, qu'il présente comme telle. Il relève un lien de personnes : le premier actionnaire de Beijing Xinyue Shidai, à 45 pour cent, est un ancien directeur technique de Dianzhong. Un lien d'origine n'est pas une opération de capital.
Pourquoi cela compte, si c'est vrai. Selon les classements de Sensor Tower cités par Jiemian, DramaBox était au premier trimestre 2026 la première application de micro-drama du monde par le revenu, et GoodShort la cinquième. Le rapport de Sensor Tower publié en juin, que j'ai consulté, crédite DramaBox d'environ 140 millions USD d'achats intégrés sur ce trimestre, autant que ReelShort, pour une catégorie d'environ 750 millions USD : un peu moins d'un cinquième du total, calcul qui est le mien. Il ne publie pas de revenu pour GoodShort. Pour l'Amérique latine, Jiemian cite le cabinet Dataxis, qui placerait GoodShort au premier rang et DramaBox au deuxième, avec une part cumulée proche de 40 pour cent, sans date de mesure.
Le signal. Il ne tient pas à la fusion, qui n'est pas établie, mais au contexte qui la rend vraisemblable aux yeux de la presse chinoise. Sensor Tower mesure au même trimestre une hausse de 140 pour cent des téléchargements de la catégorie et de 20 pour cent seulement de ses achats intégrés : rapporté au téléchargement, le revenu est divisé par deux environ en un an, calcul qui est le mien. Le numéro 11 montrait FlexTV réduire sa production et perdre 43 pour cent de ses utilisateurs actifs. Quand chaque téléchargement rapporte moins, le rapprochement de deux catalogues est une réponse possible. Cette lecture est une hypothèse.
Le contre-argument. Il est sérieux. Aucune des deux parties n'a parlé, et la seule déclaration recueillie auprès d'une partie liée va en sens contraire. La source la plus affirmative n'apporte aucun document. Je n'ai consulté ni les registres des sociétés de Singapour et des îles Caïmans, ni les bases de dépôt des places chinoises et de Hong Kong, qui sont les seuls endroits où une opération de capital laisserait une trace opposable. L'absence d'annonce n'établit pas qu'il n'y a pas eu d'opération ; la rumeur n'établit pas qu'il y en a eu une.
Qui est concerné. Les producteurs et ayants droit francophones qui concèdent des licences à l'une ou l'autre application. Si l'opération existe, elle réduit le nombre d'acheteurs de premier rang et met en jeu les clauses de changement de contrôle des contrats en cours. Si elle n'existe pas, la rumeur dit au moins comment le marché chinois lit l'état du secteur.
Sourçage
Jiemian, article repris du compte Yule ziben lun, 13 octobre 2026, jiemian.com, relevé par le dispositif de repérage des sources de l'auteur le 15 octobre 2026, pour la fusion rapportée, l'absence d'annonce officielle, les sociétés d'exploitation, la déclaration recueillie auprès de Dianzhong, les actionnaires de Beijing Xinyue Shidai, les classements attribués à Sensor Tower et la part attribuée à Dataxis. Caixin, article de Guan Cong du 15 octobre 2026, caixin.com, relevé par le même dispositif le 15 octobre 2026. Publications du 10 octobre 2026 sur 163.com, relevées par le même dispositif le 15 octobre 2026. Sensor Tower, State of Short Drama Apps 2026, rapport publié en juin 2026, sensortower.com, consulté le 18 octobre 2026, pour les téléchargements et les achats intégrés de la catégorie au premier trimestre 2026, périmètre App Store et Google Play, et les environ 140 millions USD de DramaBox et de ReelShort ; estimations d'un fournisseur tiers. Traductions du chinois par l'auteur. FlexTV : rappelé d'après le numéro 11. Part de DramaBox dans la catégorie et revenu rapporté au téléchargement : calculs de l'auteur. La lecture du signal est de l'auteur.
07 La phrase de la semaine
« The opportunity isn't to make smaller versions of television »
« L'enjeu n'est pas de faire des versions réduites de la télévision. » Tanya Cohen, codirectrice générale de MADE BY US STUDIOS, communiqué de TikTok du 14 octobre 2026. (Traduction de l'auteur.)
Ce qui la rend intéressante. La phrase définit le format par ce qu'il ne serait pas, la semaine où une bonne part du marché fait précisément l'inverse. Globo, en rubrique 02, annonce un micro-drama vertical pour chacune de ses novelas inédites de 2027 et en tire deux de son catalogue. Selon la lettre professionnelle Cynopsis, qui reprend le 12 octobre un article de Deadline, l'application Snips acquiert des licences sur des séries de télévision existantes et les remonte en séquences verticales de deux minutes au plus, en rémunérant les ayants droit sur la performance ; trois titres britanniques sont nommés. Le numéro 11 décrivait A+E découpant près de 200 titres de son catalogue en chapitres verticaux. Snips et A+E font, au sens propre, des versions réduites de la télévision ; Globo en tire des séries dérivées, écrites à partir de ses personnages.
Ce que la phrase engage. Elle n'est pas un constat mais une position commerciale. Le studio qui la prononce vend des séries écrites pour le fil, portées par des créateurs dont l'audience précède la série. Le catalogue recadré est son concurrent direct. Le numéro 11 relevait que certains guichets du secteur, le festival ALZA ou l'appel de la SODEC, écartent ou déclassent les œuvres retravaillées depuis un format horizontal ; d'autres acteurs, comme Snips, en font leur modèle. La phrase désigne le partage qui traverse le marché, sans dire lequel des deux modèles rapportera le plus.
Ce que cela implique, et c'est une lecture. Pour un détenteur de catalogue francophone, les deux voies ne se négocient pas de la même façon : la première suppose d'écrire et de tourner pour le format, la seconde de vérifier que les contrats d'auteurs et de comédiens couvrent un remontage vertical. Pour un acheteur, la distinction a une valeur, et elle n'est écrite dans aucun des communiqués de la semaine.
Sourçage
TikTok, TikTok and MADE BY US STUDIOS Enter Strategic Partnership to Co-Produce Slate of Creator-Led Micro-Series, communiqué du 14 octobre 2026, newsroom.tiktok.com, consulté le 18 octobre 2026, pour la phrase citée, traduite de l'anglais, et la fonction de Tanya Cohen. Cynopsis, lettre du 12 octobre 2026, article d'Alyssa Boyle, cynopsis.com, relevée par le dispositif de repérage des sources de l'auteur le 13 octobre 2026, pour le modèle de Snips ; article d'origine de Deadline non consulté, sa date n'étant pas établie ; aucun communiqué de Snips portant ces titres retrouvé. Globo : voir le sourçage de la rubrique 02. A+E, ALZA et SODEC : rappelés d'après le numéro 11. La lecture proposée dans la dernière partie de la rubrique est de l'auteur.
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Olivier Grzesinski, analyste indépendant, Péruwelz, Belgique.
Fin du numéro 12
La suite, lundi prochain
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